Une rumeur largement relayée sur les réseaux sociaux affirme que 400 soldats belges auraient été envoyés à Goma, dans l’est de la RDC, pour appuyer les FARDC face aux rebelles du M23. Vérifications faites : il s’agit d’une fausse information, basée sur une image sortie de son contexte et contredite par les autorités belges.
« Urgent Urgent Urgent ! Paul Kagame pleura. La Belgique vient de déployer 400 soldats et plusieurs matériels de guerre à l’aéroport de Goma ce lundi soir. Dossier à suivre. » C’est avec cette rumeur que la page Facebook Lamba Lia, suivie par environ 77 000 abonnés, a semé le doute le 24 mars dernier. La publication est accompagnée d’une photo montrant trois soldats de type caucasien, en tenue de combat et armés, assis à l’arrière d’un véhicule militaire. Leurs visages sont partiellement couverts de casques et de cagoules, et l’arrière-plan laisse deviner un paysage verdoyant. La rumeur a rapidement gagné en visibilité : plus de 367 000 fois sur X , 349 retweets et de nombreuses reprises sur Facebook, X et TikTok.
Elle laisse entendre que la Belgique aurait envoyé des troupes à Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, pour soutenir les Forces armées de la RDC (FARDC) dans leur combat contre les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda. Une autre version, avec la même image, affirme que le déploiement aurait eu lieu à Kindu, dans le Maniema.

Une vieille photo sortie de son contexte
Dans sa démarche de vérification, Vunja Uongo, la cellule de vérification de Studio Hirondelle RDC, a effectué une recherche d’image inversée via Google Lens qui a permis de découvrir que la photo date de 2021. L’image est issue de la banque d’images Alamy et accompagnée de la légende qui affirme : « Des parachutistes de l’armée belge assis dans un Unimog, le 21 mai 2021 ». Cette photo utilisée en dehors de son contexte a, en réalité, été prise dans une commune néerlandophone de Belgique située dans la région flamande dans la province de Limbourg, en 2021.
Par ailleurs, l’aéroport de Goma (Nord-Kivu) est fermé depuis la prise de la ville par les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) fin janvier. Cette fermeture complique les déplacements de la population et l’acheminement de l’aide humanitaire, comme l’a souligné Bintou Keita lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la RDC, le 26 janvier dernier à Genève, en Suisse.
Des images partagées en ligne montrent la tour de contrôle détruite et la piste encombrée de véhicules militaires, rendant tout vol impossible. Des habitants interrogés affirment n’avoir vu aucun soldat belge dans la zone. Plusieurs organisations humanitaires internationales appellent d’ailleurs à sa réouverture urgente. La version évoquant un déploiement à Kindu est également fausse. Tony Kasongo, correspondant du Studio Hirondelle à Kindu, confirme : aucun avion militaire belge n’a atterri le 24 mars. Il rapporte néanmoins la présence d’une dizaine de soldats belges, sans lien avec une quelconque opération militaire.
Démenti officiel et clarifications de l’ambassade belge
Le 26 mars, Maxime Prévot, vice-Premier ministre belge et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement de la Belgique, a démenti cette rumeur sur son compte X, en réponse à une publication du média The Great Lakes Eye qui l’avait relayée. « Encore une fake news grotesque », a-t-il déclaré, ajoutant qu’« un contingent belge de 6 (!) militaires est bien présent à Kindu dans le cadre du soutien européen en équipement non létal à l’armée congolaise ». M. Prévot a précisé qu’« aucun déploiement visant à participer à des opérations quelconque n’a eu lieu, et la Belgique ne compte pas le faire ». Pour lui, ce tweet cherche à semer le trouble et à attiser les tensions. Ce démenti a été relayé par le compte X officiel de l’ambassade de Belgique en RDC.

Contactée par e-mail, l’ambassade de Belgique en RDC a précisé que « la Belgique n’envoie pas des troupes dans l’est de la RDC dans le cadre de la lutte contre le M23. Un contingent militaire belge est présent de manière régulière sur la base de Kindu dans le cadre de l’appui à la formation de la 31e Brigade de Réaction Rapide des FARDC, une activité menée au titre de la coopération militaire bilatérale entre la Belgique et la RDC ».
L’ambassade a également rappelé que cette présence s’inscrit dans la mise en œuvre de la Facilité européenne pour la paix (FEP), un instrument de l’Union européenne destiné à prévenir les conflits, consolider la paix et renforcer la sécurité internationale. Le projet bénéficie à la RDC pour un montant de 20 millions d’euros. La Belgique assure sa mise en œuvre à Kindu « jusqu’en décembre 2027 au plus tard ». Au niveau de la coopération opérationnelle entre la RDC et la Belgique, la Défense belge a appuyé la formation de trois Bataillons des soldats congolais à Kindu, entre 2008 et 2016.
Une rumeur dans un contexte diplomatique tendu entre la Belgique et le Rwanda
Ces rumeurs circulent dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre la Belgique et le Rwanda. Le 17 mars, Kigali a rompu ses relations diplomatiques avec Bruxelles, accusée de soutenir Kinshasa et de nourrir des ambitions néocoloniales. La Belgique a riposté en déclarant les diplomates rwandais persona non grata et en suspendant plusieurs accords de coopération. Le 27 mars, le Rwanda a annoncé l’interdiction de toute collaboration avec le gouvernement belge, y compris les ONG affiliées.

Malgré ces tensions, la Belgique affirme rester engagée pour une résolution pacifique du conflit. Cet engagement a été réaffirmé par Marc Pecsteen, envoyé spécial belge pour la région des Grands Lacs, lors de sa visite à Kinshasa le 14 mars.
Malgré sa viralité, cette rumeur sur un prétendu déploiement belge à Goma ou Kindu repose sur une manipulation d’image et des informations mensongères. Face aux contenus partagés en ligne, un esprit critique est indispensable : vérifier avant de partager, interroger la source, et croiser les données.
La rumeur de la semaine est une rubrique pour décrypter les fausses informations qui circulent sur nos réseaux sociaux et au sein de nos communautés locales sur le terrain. Un décryptage réalisé par Vunja Uongo, l’équipe de la cellule de vérification du Studio Hirondelle RDC.