🎧 ForcĂ©s de partir, des centaines de milliers de dĂ©placĂ©s de Goma confrontĂ©s Ă  un nouveau calvaire

Depuis la prise de Goma par les combattants de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 Mars (AFC-M23) fin janvier, les rebelles ont ordonné le démantèlement des camps de déplacés autour de la ville. À Mugunga, Bulengo et Lushagala, où 700 000 personnes vivaient selon l’ONU, les occupants ont imposé un ultimatum de trois jours à la mi-février, forçant des milliers de familles à partir sans abri ni assistance humanitaire. De retour dans leurs villages détruits par les combats, ces exilés font face à un nouveau calvaire : violences, famine et précarité.

Depuis fin janvier, la ville de Goma est sous le contrôle des rebelles de l’AFC/M23, appuyés par l’armée rwandaise. L’une de leurs premières décisions a été l’évacuation forcée des camps de déplacés situés autour de la ville. Les sites de Mugunga, Bulengo et Lushagala, qui abritaient près de 700 000 personnes selon l’ONU, ont été vidés à la mi-février après un ultimatum de trois jours.

« J’ai été violée quand j’étais partie chercher des légumes. J’étais allée au champ où j’ai rencontré des militaires parlant le kinyarwanda. Ils  m’ont violé. Ils étaient à quatre. »

Angélique, femme déplacée retournée à Sake.

Alors que la situation humanitaire se détériore rapidement dans les zones occupées, la majorité des déplacés n’ont eu d’autre choix que de retourner dans leurs villages d’origine, souvent pillés ou détruits par les combats entre les forces gouvernementales et les rebelles.

À Sake, cité située à une vingtaine de kilomètre du centre de Goma, plusieurs déplacés retournés se retrouvent démunis et sans abri. Anne, une mère de famille, se souvient de son désespoir lorsque les rebelles les ont forcés de partir du camp : « Quand les M23 nous ont forcés à partir, j’ai fait une crise de nerfs ». À son retour, elle découvre sa maison réduite en ruines par des tirs de roquettes lors des affrontements de février 2024 entre les FARDC et le M23. Comme elle, des milliers de familles vivent sous des bâches, faute d’un meilleur logement et d’assistance.

Angélique, elle, a subi un autre traumatisme. À peine rentrée à Sake, elle a été violée en allant chercher de la nourriture : « j’ai été violée quand j’étais partie chercher des légumes. J’étais allée au champ où j’ai rencontré des militaires parlant le kinyarwanda. Ils  m’ont violé. Ils étaient à quatre ».

Une crise humanitaire aggravée par le manque de financement

Au Nord comme au Sud-Kivu, l’aide humanitaire peine à suivre le rythme des besoins. Eugin Byun, porte-parole du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), explique qu’« en raison des coupes budgétaires, les partenaires humanitaires peinent à reconstruire des abris, laissant les personnes déplacées avec peu d’options pour survivre ».  

À Rutshuru, où de nombreux déplacés reviennent des camps de Nyiragongo et Walikale, les conditions de vie sont extrêmement précaires. Les personnes déplacées manquent de tout : logement, nourriture, soins médicaux. « Les populations retournées ont besoin d’une aide humanitaire, mais malheureusement, ici, il n’y a pas d’organisations ayant la capacité pour venir en aide à ces populations », déplore Patrick Ndakomeye, officier de protection de l’ONG FEMISA basée à Kiwanja.

Pendant ce temps, les efforts diplomatiques se multiplient. Depuis mars, le Qatar tente de jouer un rôle de médiateur entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, mais pour l’instant, aucune avancée concrète n’a été enregistrée. Les déplacés, eux, restent livrés à eux-mêmes, piégés entre violence et pauvreté.

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